20 février 2007

"Spartans! Tonight, we dine in Hell!"

Encore une bizarrerie d'un pays décidément peu porté sur la chose militaire mais amateur de conflits en tous genres : les jeunes Libanais sont désormais dispensés de service sous les drapeaux. Evidemment, le service national au Liban était l'occasion pour les appelés de se servir de tous les pistons imaginables pour y échapper, de prolonger leurs études pour accéder automatiquement au rang d'officier en cas de bac + 5 ou de prétendre avoir déjà reçu un éducation militaire dans un autre pays en cas de double nationalité. Jusque là, ce n'était pas très différent de la France (votre serviteur tient à souligner qu'il a fait son service militaire, et même long, s'il vous plaît. Ouais.). Ce qui est curieux, ce n'est pas que les jeunes refusent de servir dans l'armée, mais plutôt que certains fuient l'institution militaire pour rejoindre une milice armée, où ils recevront un entraînement tout aussi martial. Au final, en ces temps troublés, ces jeunes militants auront plus de chances de mourir au combat dans ces clans armés que s'ils étaient enrôlés régulièrement dans les forces de l'ordre légales de du pays. Ce choix des armes reflète hélas la division d'un pays qui n'a même pas d'unité au niveau de son armée, symbole pourtant fort d'une nation, et qui peut même en garantir parfois les institutions démocratiques.

La question de la nation continue donc de se poser avec force au Liban. Un article de L'Orient-le jour, en relatant les conclusions d'un débat discret, tente d'éclairer les positions du hezbollah, pour qui le parrain syrien restait garant d'une certaine stabilité politique chez son modeste voisin de l'est :

...leur formation se sentait rassurée quand le Liban était sous tutelle syrienne. Dès lors, le Hezb, se vouant à sa mission de résistance, ne portait pas d’intérêt marqué aux questions de politique intérieure, ni à la participation au gouvernement ni même aux nominations aux postes-clés de l’Administration. Mais, poursuivent-ils, lorsque les troupes syriennes se sont retirées, le Hezb s’est trouvé contraint de défendre ses positions à travers une participation au pouvoir qui implique autant une présence au gouvernement que l’obtention d’une part d’influence, donc de postes, au sein de l’appareil étatique, toutes administrations confondues.C’était d’autant plus nécessaire, ajoutent ces sources engagées, qu’il n’y a plus d’arbitrage syrien pour régler des différends interlibanais pouvant avoir, d’une manière ou d’une autre, un impact négatif sur la résistance. [...] Et la solution du conflit, l’arbitrage en somme, réside finalement dans le poids que chacun représente dans la balance. Autrement dit, suivant cette logique, le Hezb ne peut plus se permettre le luxe de rester de côté, quand, à son avis, le camp du président du Conseil ne sert pas la résistance.

Ce raisonnement paraît logique, en ce que le hezbollah n'a commencé à avoir des prétentions politiques qu'à partir du retrait syrien, qui l'a placé devant un choix difficile : devrait-il devenir un mouvement libanais, dont les intérêts peuvent parfois être contradictoires avec la Syrie, ou continuer une politique plus panarabe en continuant à jouer de l'antisionisme comme ciment d'une alliance hétéroclite et parfois antagoniste, comme dans le cas de l'Irak et du Koweit pour ne citer que le conflit interarabe le plus spectaculaire ? La solution bien sûr a été fournie par Israël, utile bouc émissaire de dictatures continuant à promettre la paradis sur terre en cas de destruction de l'Etat hébreu.

Israël alerte la communauté internationale sur le renforcement de l'arsenal du hezbollah, déclarations prises comme de la provocation par les opposants au sionisme. De son côté, le parti de dieu ne dément pas, et affirme se préparer à toute éventualité. Pendant ce temps, les incidents se multiplient entre la FINUL et des éléments hostiles au Liban-sud, ce que peu de journaux occidentaux relèvent. Si demain l'Union européenne se décidait à qualifier le hezbollah de groupe terroriste, de qui les troupes de la FINUL devraient-elles le plus se méfier ? Cette idée d'abolir le service national tombe au plus mal, car une présence civile au sein des forces armées auraient eu également le mérite de faire prendre conscience de la diversité des communautés libanaises, mais aussi de leurs intérêts communs. Au fait, les hezbollahis étaient-ils dispensés de service militaire, ou ont-ils appris les rudiments de leur métier dans la régulière ?

Une dernière réflexion : en quelques années, l'opprobre internationale s'est déplacée de l'Arabie séoudite, particulièrement vilipendée après les attentats du 11 septembre, vers l'Iran, dont la menace atomique effraie jusque dans les villages du Midwest. L'opinion publique mondiale a enrichi son vocabulaire en découvrant que les différentes sorts de musulmans n'étaient pas "terroristes" et "modérés", mais "chiites" et "sunnites". Aujourd'hui, les dictatures sunnites semblent être celles qui détiennent la voie de la sagesse, alors que les rares puissances chiites sont celles qui agitent la menace d'une apocalypse à l'échelle moyen-orientale puis mondiale. Comment en est-on arrivé à considérer l'Arabie séoudite comme un facteur de stabilité au Moyen-orient et à se reposer sur la sagesse de Riyadh pour arbitrer, comme à l'époque de Taef, les querelles libanaises ? L'intérêt d'un blog, c'est que vous allez sûrement m'aider à comprendre ce retournement de situation digne de l'URSS entre 1939 et 1941.

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