29 septembre 2007

Window in Lebanon, et pas qu'un peu

Voilà que je me fais engueuler parce que je ne parle plus du Liban, et que donc, logiquement, je devrais débaptiser ce blog. D'abord, le baptême est un acte souvent monothéiste et ne comptez pas sur moi pour croire aux conneries des religieux. Ensuite, je suis toujours au Liban, donc le titre a encore lieu d'être. Enfin, le départ est programmé pour 2008, j'aurai bien le temps de trouver un nouveau nom à ce journal électronique. Mais revenons au Liban. Que se passe-t-il ?

J'aimerais ici essayer de résumer la situation pour ceux qui n'ont pas beaucoup de temps à consacrer au Moyen-Orient entre une grève des taxis et un "mouvement social" de la RATP. Que les experts passent leur chemin ou aillent sur les forums du Nahar, ahlan, ahlan. Donc. Le Liban traverse une nouvelle phase critique, en ce que les députés doivent s'accorder sur le président qui devra émaner de la communauté maronite et représenter le pays, ou plutôt inaugurer les chrysanthèmes comme disait Charlie. Une nouvelle occasion pour la classe politique libanaise de se détourner des véritables problèmes comme le fait qu'il existe deux armées dans le pays, que le Liban sort d'une bataille qui en préfigure de nombreuses autres, qu'Israël se tiendrait prêt à une guerre d'envergure et que la France, dernier bastion d'une politique arabe coulante, est en train de se demander si elle ne va pas rejoindre le rang et réintégrer le commandement intégré de l'ONU qu'elle avait quitté au temps de Charlie, encore lui.

Le problème du Libanais moyen est qu'il a tellement délaissé la politique qu'il ne se présente plus qu'une seule alternative pour lui : la ploutocratie ou le fascisme. Je me refuse à considérer qu'il faut mettre tous les politiciens dans le même sac, c'est un discours d'extrême-droite qu'on a souvent entendu. Mais il est vrai que le camp du 14 mars, s'il incarne la légitimité autant que le pigeon du tir du même nom (devant le nombre de députés issus de ses rangs qui se font dégommer régulièrement), possède parmi ses représentants quelques belles crapules. Pour autant, Samir Geagea a payé sa dette à la société en subissant plusieurs années de prison : ça n'en fait pas un ange, mais j'en connais un certain nombre qui aurait dû aussi faire un peu de placard mais ont reçu à la place des maroquins. Donc, chaque citoyen se précipite dans les bras d'une coalition, persuadé qu'elle seule incarne la vertu tant l'autre est imprégnée de vice, et conspue ceux d'en face qui sont, au choix : corrompus, vendus, sionisés, iranisés, fascistes, communistes, capitalistes, satanistes, la liste est longue mais vous avez compris le QCM.

J'ai déjà ici répété tout le bien que je pensais du hezbollah, seul parti "de l'étranger" dont la doctrine me paraît aussi repoussante que non-libanaise. Tous les autres partis, en revanche, forment une mosaïque complémentaire qui représente chaque sous-groupe libanais. Dans l'idéal, chaque parti contribue à la démocratie car il est important de le répéter, le Liban est le seul pays arabe démocrate. Mais il pose également une question primordiale : vaut-il mieux une démocratie bancale où eau, électricité, Internet et infrastructures vont de mal en pis ? Ou une "bonne" dictature comme la Tunisie où le taux d'alphabétisation est comparable à un pays développé ou dont les performances en matière économique laissent rêveurs les occidentaux ? Prenez votre temps, c'est une question difficile. Le Liban de toute façon, faute de choisir la route de la démocratie qu'il avait entreprise jadis, évolue en démocrature et, même si les citoyens peuvent voter, leur bulletin perd chaque année un peu plus de sa signification et de sa force.
J'entendais l'autre jour sur TV5 une journaliste italienne commenter que, tous les conflits du monde ont une solution, sauf le conflit libanais puisqu'on ne sait pas ce que veulent ses habitants. C'est un constat sinistre, mais vrai. On ne peut aujourd'hui pas savoir ce que veulent les Libanais. Si on les interroge, ils répondront certainement qu'ils désirent la paix, la liberté, l'indépendance, le bonheur, toutes les conneries creuses que les politiciens du monde entier vendent à leurs administrés pour avoir les coudées franches. Mais au fond, quid des relations avec les voisins ? Du rôle de la religion dans la vie de tous les jours ? De la place de la femme ? De l'identité libanaise même ? La plupart des pays de la région se développent, à l'exception des territoires palestiniens, de l'Irak et du Liban. Le Qatar, les E.A.U., le Maghreb, l'Arabie saoudite, tous les autres pays arabes dirigés par des autocrates se modernisent et même font de timides pas vers plus de liberté d'expression. Le Liban, avec sa situation géographique idéale, ses habitants cultivés et au fait des évènements du monde, son niveau d'éducation qui fut remarquable mais prend du retard, sa culture douce et accueillante, ce Liban ne choisit pas, refuse d'entrer dans le 21ème siècle et devient médusé par la tentation du passé.

On m'a demandé récemment si je pensais que le Liban serait sûr dans les prochains mois. Je n'en ai absolument aucune idée. Un miracle peut arriver, j'en doute mais on ne sait jamais. Le plus sûr est évidemment une période de conflits pour la simple raison qu'entre Israël et le hezbollah, un des deux doit disparaître. J'ignore si les fameux bookmakers londoniens ont un pari là-dessus mais en cas de conflit, je penche quand même pour l'Etat hébreu à 4000 contre 1, le hezbollah perdant par une défaite diabolique, puisque la victoire est divine. Mais quand ce conflit aura-t-il lieu ? On a connu la Guerre froide où on s'attendait parfois à une troisième guerre mondiale qui n'est jamais venue. Ou plutôt, elle est venue mais on ne s'en est pas aperçu. Concernant le Moyen-orient, l'avenir est trouble. Et on craint même une attaque d'envergure sur l'Iran, bien que les effets d'annonces soient assez peu subtils. Cette intervention militaire fera vibrer le Liban qui a déjà beaucoup à résoudre, à commencer par le choix de son président. De toute façon, quel que soit l'homme élu au terme du bras de fer électoral libanais, la situation ne changera pas, et l'heure du choix ne sera que repoussée. Car le Liban doit choisir sa voie, et devra se résoudre à assumer sa décision. "La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c'est penser" estimait Victor Hugo. J'aime assez les Libanais pour garder ma confiance dans un pays qui "ne manque jamais une occasion de manquer une occasion", mais qui saura trouver l'énergie de choisir le moment venu.

En attendant, parce que le sujet est brûlant et que les trolls m'agacent, je ferme les comments sur tous les posts concernant le Liban, et donc sur celui-ci. Vous pourrez vous défouler sur mes posts photographiques ou ceux concernant l'adaptation de "99F", qui est d'une boboterie insondable (surtout la dernière phrase)(allez, je vous la livre de mémoire : la pub, c'est 500 milliards par an. Un dixième de cette somme permettrait de résoudre le problème de la faim dans le monde)(Ce Beigbeder, quel escroc)(Pas étonnant que ce soit un pote d'Ardisson et de Baffie)(qui sont dans le film de Denys Arcand, "l'âge des Ténèbres", ce n'est pas le moment fort d'une histoire assez bien torchée)(J'aurais dû chourer le titre d'Arcand pour ce post concernant le Liban)

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